Massira : Une aventure fantastique dans un monde bien réel

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Il y a des sujets faciles à traiter, d’autres non, des genres de jeux vidéos qui semblent évidents et puis il y a ceux qui sortent des sentiers battus.

Des jeux qui parlent de la guerre ? ils sont loin d’être rares. Leurs scénarios se situent sur un « théâtre » de guerre : qu’elle soit intergalactique, de 14-18, de 39-45, en Irak, dans le Pacifique… avec l’opportunité de devenir virtuellement un combattant ou un être aux pouvoirs puissants.

Vous êtes prêt à éradiquer le « mal » avec un arsenal et des munitions en pagaille ? Lâchez tout, car Massira vous propose d’incarner quelqu’un de différent et de vivre une toute autre expérience.

Le but avoué et assumé du studio Frost Monkey à travers ce titre est de faire prendre conscience au joueur de la réalité qui nous semble lointaine ou inintéressante et qui est pourtant bien réelle et actuelle, en partant d’un jour comme les autres…

 

Un jour (pas) comme les autres

Vous incarnez « Numi », une petite fille Syrienne. Sa vie, c’est celle que nous pourrions avoir vous et moi : Un foyer, des parents, une mamie, l’école… Pourtant c’est là que la réalité du jeu diverge de la nôtre.

Tout va bien, pour l’instant…

 

Numi est en classe quand des grondements se font entendre, c’est un bombardement. Sa ville est prise pour cible, les bombes pleuvent, les immeubles éventrés. En pleine journée de cours et loin de sa famille elle se retrouve livrée à elle-même… Vous… vous retrouvez livré à vous-même.

Vous errez dans une ville qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, jonchée de décombres, de murs écroulés, vide de vie.

 

A la découverte d’un nouveau monde

Le monde dans lequel vous évoluez est perturbant, vous avez perdu tous vos repères, où aller ? Que faire ? Le danger est à l’affût à chaque coin de rue, des milices patrouillent activement. Au moindre croisement de regard avec vous s’engage une course poursuite. Votre sang se glace, la vision se trouble, les sons diffèrent… effets secondaires de l’adrénaline ?

Les premières rencontres sont loin d’être amicales

 

Heureusement vous trouvez refuge sur le toit d’un immeuble, et retrouvez la trace de grand-mère. Vous n’êtes plus seule alors que vos parents sont introuvables. “Mamie Yara” fera office de guide et sera là pour vous assister. Une sorte de coop en mode solo s’engage et votre périple commence réellement.

Il va falloir s’enfuir, trouver un chemin pour partir de cette ville, ce pays… mais les problèmes ne font que commencer et les embûches seront nombreuses.

 

Avant de continuer…

Attardons nous un instant sur le gameplay que propose Massira. En effet c’est un jeu d’aventure qui va vous permettre d’évoluer dans un monde 3D low poly, à la troisième personne.

Les contrôles sont simples d’accès et habituels. Utilisez vos 2 sticks analogiques pour déplacer le personnage et la caméra, croix pour sauter, rond pour les interactions.

Les niveaux sont variés graphiquement mais aussi dans la manière dont on les parcours. Un certain nombre de mécaniques de jeu sont mises en avant en fonction de la situation où l’on se trouve : Exploration, infiltration, recherche, course, cache-cache, mini-jeux, puzzles etc. Il sera assez rapidement nécessaire de « résoudre » des puzzles pour vous frayer un chemin, débloquer un passage, déclencher autre chose…

De courtes phases de dialogues sont là pour : raconter l’histoire, expliquer le contexte, vous donner des instructions pour la suite des évènements. Ces dialogues interviennent soit automatiquement, soit à votre demande quand c’est possible (bouton rond).

Hélas pour les personnes hermétiques à l’Anglais, il n’y a pas de traduction Française

 

 

Il sera possible de contrôler de manière ponctuelle mamie (soit directement , soit en lui donnant des instructions via les touches triangle, carré, croix, rond). Un des moments forts est très certainement quand vous devez contrôler les 2 protagonistes en même temps alors qu’il faut s’évader d’une prison, tout en échappant au regard des gardiens ! Ces phases “coop solo” sont variées et interviennent à intervalle réguliers. Elles ajoutent une pointe de piment au gameplay.

L’IA de gardiens est hélas très limitée, ils ne vous “voient” que si vous êtes posté en évidence devant eux

 

Bien entendu nous ne pouvons pas parler de jeu d’aventure sans parler des collectibles : Lettres, journaux, artefacts et autres objets symboliques de votre pays d’enfance sont à récupérer un peu partout (et ensuite disponibles dans l’inventaire). Ouvrez l’œil et farfouillez. Le pavé tactile est mis à contribution quand un journal rempli de poussière est découvert par exemple : essuyez le pavé et le journal sera lisible. Si la collecte de toutes les lettres et autres objets est d’une utilité toute relative (entre autre pour les trophées), les journaux sont un rappel à la réalité.

Une fenêtre sur la réalité du monde

 

Une histoire esthétique et fantastique

Le style Low poly est un choix qui rend très bien graphiquement parlant (et dont je suis fan). Il permet même, par sa distance avec le réalisme, de ne pas se focaliser sur les images de guerre mais plutôt sur le cheminement et l’aventure de Numi. On remarquera également que Numi, comme les autres personnages, n’a pas de traits ni d’expressions sur le visage, ce qui permet premièrement de s’identifier plus facilement à elle, et deuxièmement donne l’impression qu’elle est courageuse à l’extérieur alors qu’elle est peut-être pétrifiée de peur à l’intérieur.

Le sujet du travail des enfants est abordé lors d’une de vos mission, la symbolique des objets a son importance

 

Le jeu vous propose donc de « vivre » les étapes de cette fuite comme si cela se passait en vrai : Échapper au chaos de sa ville natale, explorer l’inconnu, se faire emprisonner, s’échapper à nouveau, découvrir de nouveaux horizons, cultures différentes, devoir trouver de l’argent et travailler pour vous payer un voyage en bateau une galère sur un radeau, découvrir la vie dans un camp de réfugiés…

 

L’autre aspect mis en avant visuellement c’est le fantastique et la vision qu’un enfant peut avoir de ces choses. Très rapidement, et dans certaines circonstances, les décors, objets, et les personnes se transforment et sont vus avec les yeux et l’imaginaire de Numi, sa perception du monde plutôt que la nôtre. Un côté féérique et coloré qui tranche avec le fade de la vie réelle.

Si tu savais à qui tu parles…

 

De même, le danger et le risque de mort sont symbolisés par des êtres qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à un spectre ou à la grande faucheuse. Les musiques sont parfaitement adaptées et les effets sonores sont tout autant imprégnés de cet aspect fantastique, évoluant de manière synchrone avec les graphismes et la narration.

 

Réflexion et action

Même si en apparence Massira propose de vastes environnements, nous sommes ici assez loin d’un openworld. Votre parcours est assez linéaire dans la progression spatiale et narrative, et c’est compréhensible : la seule direction à suivre c’est d’aller de l’avant.

Et là on réalise qu’il y en a du chemin à parcourir… en vrai

 

Bien entendu, comme votre chemin est semé de phases “purement plateforme” mais aussi de “puzzles”, plus vous approcherez du but, plus votre dextérité et vos méninges seront mises à contribution. Si les phases de puzzles/réflexion sont – il faut l’avouer – relativement “faciles”, elles ont tout de même le mérite d’être variées.

Un petit bémol toutefois, la gestion de la caméra est, disons-le, assez calamiteuse. Celle-ci n’en fait qu’à sa tête et les sauts en “altitude” seront des plus complexes à appréhender. De même Numi semble parfois flotter à 10 cm du sol… dommage ça gâche un peu.

 

L’autre avant tout

Si il y a bien quelque chose qui ressort globalement de cette aventure c’est l’aide que vous apporterez aux personnes que vous croiserez. Malgré la grosse m… que c’est de vivre cet exil, l’accent est mis sur la coopération, le partage et parfois le don de ce que l’on a de précieux. Vous avez le choix, aider ou pas, vous attarder ou pas, sacrifier ou pas.

Vous apporterez donc (peut-être) votre pierre à l’édifice de solidarité humaine, non seulement en sauvant des gens du danger mais aussi : en effectuant des quêtes pour eux, en faisant don de quelques deniers durement gagnés, en résolvant des énigmes, en trouvant des objets à rapporter à quelqu’un… bref la liste est longue.

Nous n’attendions plus que vous…

Conseillé pour tous

Si nous nous focalisons sur la réalisation, le choix de l’aspect low poly est un pari risqué, à une époque où les capacités graphiques sont titanesques et le réalisme sans limite. Pourtant, Massira s’en sort tout à fait honorablement.

Je salue les développeurs qui ont pris le parti de créer un univers semi-fantastique avec une belle personnalité, une histoire haletante et des mécaniques de jeu variées, plutôt que d’essayer vainement de (mal?) mimiquer le réel et au final avoir un jeu mal fichu. Non, Massira ne veut pas ressembler à reportage ou un Call of Duty sans armes qui ferait fuir petits comme grands.


Conseillé

Loin de toute polémique ou démagogie, le propos des développeurs n’est pas de montrer crûment les horreurs de la guerre, ni de vision de cadavres ou de sang, non, le jeu ne veut pas non plus nous tirer la larmichette. Il nous sort de manière féérique de notre zone de confort et nous met face à la réalité de ce monde : Que feriez vous si vous deviez tout abandonner ?


Massira convient aux:

  • joueurs de toute les tranches d’âge
  • amateurs de jeux d’aventure plateforme avec réflexion

Les points positifs :

  • Une aventure belle et variée
  • Une alternance de phases de jeu intéressantes
  • De la réflexion
  • Un sujet difficile abordé d’une autre façon
  • Informatif et ludique

Les points négatifs :

  • De rares bugs d’affichages
  • Difficulté pour estimer les distances lors des sauts
  • Caméra capricieuse
  • Pas de traduction Française
  • Durée de vie un peu courte

 

 

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1 commentaire
  1. Ismaell Seth dit

    Ça me fait penser d’une certaine façon à This war of mine

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